
Dans ce pays, les rentrées littéraires ressemblent de plus en plus aux élections : on vous bassine avec des mois et des mois à l'avance, la presse fait monter la sauce de façon totalement exagérée, autour des jours J c'est l'hystérie complète, et une fois que tout est retombé, hop on tente déjà de vous refourguer la fournée suivante!
Cette semaine c'est "Le Parisien" qui a plus ou moins ouvert le bal, avec une pleine page consacrée à ladite rentrée. Une pleine page sur les livres dans "Le Parisien"?!? Ne criez pas trop vite au miracle, ça se passe dans la page "Les spectacles" (ha-hum), sous le titre "La rentrée littéraire, c'est maintenant que ça se joue" (la rentrée, c'est mon dada!), avec un encadré "on va parler d'eux" (et, notez bien, surtout pas "On va les lire"), sans oublier l'inusable "Karine la libraire a déjà ses chouchous" (qui sont peu ou prou ceux du "Parisien", ne nous contredisons pas dans les mêmes colonnes, surtout pas).
L'article principal est bien sûr consacré aux coulisses de l'exploit annuel. J'ai particulièrement aimé les expressions suivantes : "task-force en ordre de bataille depuis l'hiver" (vite, bombardons l'Iran avec des piles de Nothomb!), "le choix des poulains est longuement affiné" (songez aux moyens reproductifs et fermez les yeux), "les premières rumeurs distillées avec une précision machiavélique" (les ex-RG et DST sont ravis). L'auteur de l'article, l'obscur Pierre Vavasseur, se livre même à des exercices lyriques de haute volée et de grande tenue (c'est beau, le devoir d'information) : "Car dans les stalles de départ, tous les chevaux ne courent pas avec la même cote. Beaucoup des prétendants peuvent faire leur la maxime de Pierre de Coubertin : l'essentiel, c'est de participer. Qu'un bouche-à-oreille vienne les sauver, ce sera Byzance. Sinon, le pied à peine posé sur les plages du débarquement, ils périront."
Associer dans une même comparaison débile les courses de chevaux et la boucherie des jeunes soldats mitraillés sur les plages de Normandie, c'est en effet trés fort. Vous devriez écrire un roman, Paul. Peuh, suis-je bête : c'est sans doute déjà fait!
Suis une évocation des "salles de réunion à l'atmosphère imprégnée de sueur moite" : ohoh, on savait que le monde de l'édition puait par certains côtés, mais là tout de même!
Bon, je m'arrête de citer. Tout ça pour annoncer quels livres? Le nouveau Angot (qui a droit à la plus grande des photos)? Dieu merci, Thomz s'est déjà chargé de rendre le cadavre méconnaissable une fois lesté de parpaings au fond de la Seine. Le nouveau... Jean-Paul Dubois?!?!?!? "L'histoire d'un homme, époux d'une dépressive, embauché par les studios de cinéma Paramount - une autre femme surgit" - stooooooooooooooop!!! Olivier Sel d'Armor? Oh la la la la la la la...
***
Trois étoiles, il faut bien ça pour isoler de toute cette pandémie les auteurs que l'on guettera vraiment avec attention.
D'abord Mathias Enard, avec "Zone" chez Actes Sud, 560 pages qui font déjà hurler certains au nouveau James Joyce (dixit le torchon quotidien déjà cité plus haut). Bon, n'exagérons pas tout de suite, mais on est quand même trés trés intéressés par cet étrange objet littéraire à venir.
Ensuite Régis Jauffret et son "Lacrimosa". Thème : "un homme s'adresse à sa femme suicidée". Variations? Oh, on sait que Régis, un gigot dans un four lui suffit pour lancer le clavecin, alors on jugera sur pièces.
Chez Lot49, il y a ce Brian Evenson, "La confrérie des mutilés", qu'on nous annonce comme, ouhlàlà, hé bien vous voyez Evenson? hé bien paraît-il encore plus Evenson!
Et puis enfin, last but not least, il y a CONTRE-JOUR de THOMAS PYNCHON aux éditions du SEUIL et traduit par CLARO : je mets des majuscules partout parce que là, je suis tout prêt à faire autant de propagande que je le pourrais. Et parce que là, il s'agit d'un auteur qui le merite VRAIMENT.
Et puis plein d'autres encore que j'oublie sans doute et dont on reparlera. La suite sous peu (Copyright G@rp), comme on dit du côté du FFC!

3 commentaires:
Le Enard m'allèche en effet tout paticulièrement et j'attends énormément de Jauffret, sur Pycnh évidemment ! Sinon il y a le dernier Richard Ford, et puis aussi le dernier Denis Johnson ; j'ai commencé à faire des listes, je vais voir mon banquier demain pour aller demander un prêt. Souhaite moi bonne chance ....
Félicitations pour ta publication !
Tam.
LE BATEAU LIVRE COULÉ : LA CULTURE PERD DU TERRAIN
Dernières nouvelles de Frédéric Ferney...
Eric,
Pour info : le communiqué de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimedia) envoyé tous azimuts (je ne leur avais rien demandé).
Bises,
Fred.
*
Voici comme convenu le communiqué envoyé hier à l'ensemble de la presse généraliste, TV, Radio (littérature, culture, médias).
Bien cordialement,
Cissé Tamoura
*
Ainsi donc, au cœur de la tempête réformatrice qui tente d’engloutir l’audiovisuel public, France télévisions annonce la suppression du Bateau livre , l’émission littéraire de Frédéric Ferney. Après l’avoir programmé le dimanche mati, les dirigeants de France télévision ont beau jeu d’avancer l’argument d’une audience qualifiée de médiocre.
Quand comprendra-t-on que les « quelques » centaines de milliers de téléspectateurs qui font le choix de l’intelligence et de la curiosité , sont la légitimité même de la télévision publique ?
Comme l’avait d’ailleurs souligné le Président de la république dans sa lettre de mission à Christine Albanel : France télévisions doit affirmer son identité de service public à travers une offre culturelle plus dense, plus créative, plus audacieuse ; une offre qui marque une plus grande différence avec les chaînes privées ; une offre fondée sur des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute. »
C’est pourquoi la SCAM, conforté par cette décision du Président de la République, approuve la démarche de Frédéric Ferney l’interpellant. Cette démarche vise, une nouvelle fois, à mettre les responsables politiques devant leurs contradictions au regard des enjeux culturels et à leur demander de respecter leur promesse. Comment d’un côté prôner la défense de la lecture et de l’autre fermer les espaces dédiées à la littérature sur un média de première importance pour sa diffusion
La suppression du Bateau livre est le énième épisode des attaques contre la culture à la télévision et contre la littérature en particulier.
*
N'hésitez pas, à votre tour, à relayer le message et l'information.
Très cordialement
Eric Poindron
Le cabinet de curiosités d'Eric Poindron :
http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites
Enregistrer un commentaire