05/07/08

Eclipses et demi-jours


Quand elle va apprendre qu'un nouveau roman de Thomas Pynchon a été publié et que la traduction française est déjà imminente, Ingrid Bétancourt va avoir un choc.

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C'est un peu l'éclipse sur ce blog, mais que voulez-vous, Dédé Breton à peine enfin retourné aux oubliettes, on descend les piles de livres retardataires avec un certain vertige, on prend le temps de savourer quand même ce qu'on lit, et on fait même des découvertes hilarantes et superbes, tandis qu'on se prépare à se réateler à un vieux projet de fiction tentaculaire...

Je crois que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire un bouquin chtarbé depuis trés longtemps, mais heureusement pour moi Matt Ruff et son "Requin sous la lune" ont mis fin à cette malédiction. Pynchonien, pynchonien, si vous voulez, mais je crois surtout que c'est un manège enchanté foldingue avec lequel l'auteur s'est fait plaisir sans jamais céder aux sirènes du "sérieux". C'est, à la rigueur, pynchonien dans l'humour (et encore, partiellement), mais pas dans le fond. Mais enfin, foncez acheter ce bouquin si vous ne l'avez pas lu (pour les aficionados de la v.o., le titre original est "The Public Works Trilogy"), rien que pour le sous-marin le plus génial depuis le Nautilus, les corgis robotiques de Lilibeth II Centenaire et une montre Timex jouant le Boléro de Ravel dans le ventre d'un requin mutant qui bouffe pas moins de sept personnages au cours du bouquin, ça vaut le coup. Foncez, je vous dis!
(La traduction en Folio SF me semble quand même un poil plan-plan, et je n'ai jamais vu autant de coquilles dans un seul livre de poche - au moins une petit douzaine!)

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Il vous faudra quelqu'un d'autre pour écrire des choses intelligentes sur Kafka. C'est un auteur que j'avais lu trop tôt, il y a une dizaine d'années au moins, sans vraiment en saisir toute la portée, mais là venant de lire "Le Château" (et quelques semaines après, le livre de Deleuze et Guattari), je reste sous le choc. Plusieurs choses m'ont surtout frappé : la manière dont les systèmes d'enferrement de K (au coeur d'un réseau totalement insaisissable mais que K s'évertue à vouloir saisir, à vouloir orgueilleusement dominer) se répercutent et s'accentuent comme une boule sur la bande du billard ; la folie totale des personnages qui s'exprime par des discours en apparence trés raisonnés et qui sont fous parce que beaucoup trop raisonnés ; le style même de Kafka qui reste trés matériel, trés terre-à-terre (je veux dire par là, pas métaphorique du tout) et qui pourtant ne cesse de suggérer une atmosphère irréelle et fantastique dans un cadre tout à fait réaliste (le point pyramidal du Château qui est partout et nulle part, le village dans lequel on peut entrer mais ne pas sortir vivant, la durée du temps sujette à variations énormes, etc.).

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Dernièrement j'ai lu trois livres de SF, ce qui fait beaucoup pour moi : le Ruff célébré plus haut, "Le maître du Haut-Château" de Phil K.Dick et "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury. Le Dick m'a autant déçu que "Blade Runner" : des idées, parfois formidables, mais pas de vrais moyens pour les exprimer. J'ai détesté la fin en queue de poisson ("voilà, je vous ai trimballé jusque là, et puis finalement, bleeeeep"), frustrante au possible. Par contre, Bradbury ne cesse de me surprendre et de me plaire : je trouve que par rapport à Dick sa place est un peu injustement sous-évaluée. Bradbury, lui (malgré les quelques naïvetés superficielles qui semblent vraiment inhérentes au genre), a non seulement des idées épatantes, mais aussi une vision nostalgique, pessimiste et profonde qui est sous-tendue par un style constamment remarquable, bourré d'images et d'innovations. J'avais déjà eu la même trés bonne surprise avec les "Chroniques martiennes" (un livre qui avait énormément plu à Borges, j'ai alors compris pourquoi).

Des livres de Tzara, Michaux et Beckett que j'ai également lus, je n'ai rien de trés neuf à dire et donc je ne dirais rien.
"Là où l'on cesse de ressentir, je veux que l'on se taise." - A.B.

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Je m'excuse pour le caractère trés apprécionniste et sans aucune critique de fond de ces propos. Pour de la qualité il faudra maintenant attendre septembre.

J'ai vu je ne sais plus où grâce à Google que "Ghaghahouast" est disponible à la vente sur un site japonais - ça laisse rêveur...

3 commentaires:

g@rp a dit…

Raaaa, ne parle pas du Matt Ruff ! Je ne l'ai pas encore luuuuu.
Là, je suis dans Orion Scohy.
Et j'aperçois à droite, Quartiers de on !
Pas léger, comme bouquin, pour les vacances à la plage.

Manu a dit…

Salut !
Je partager le même sentiment que toi sur K. Dick et Bradbury... Je n'ai jamais été franchement convaincu par Dick. En SF, tu as essayé un peu de Franck Herbert ? ça vaut largement le détour...
Matt Ruff me tente sacrément en tous cas.
Ghaghahouast va faire un malheur, adapté en manga... ^^

jdm F.F.C a dit…

Alors là, permet moi de ne pas être du tout du tout du tout d'accord avec ton analyse de Dick et de Bradbury.

1/ J'adore Bradbury, depuis mes 13 ans ou quelque chose comme ça. J'ai plongé les yeux dans les chroniques martiennes avec enchantement, et dans l'homme illustré, et dans Le Pays d'Octobre etc etc, mais Farenheit, que je n'ai lu que récemment, l'été dernier, m'a laissé assez froid. Sans doute parce que, si l'idée de départ est intéressante, elle n'a pas valeur de prédiction. La censure ne passe pas par l'éradication des livres. En tout cas plus maintenant. Pourquoi interdire ces choses que personne ne lit ? Il suffit de s'intéresser un peu à la politique pour savoir que tout ou presque de ce qui existe d'information intéressantes est disponible sur les sites m^me des ministères ou de l'Elysée. Personne ne les lit. Tout le monde regarde TF1, et à l'heure du coucher, c'est Harry Potter et Marc Levy qui s'y collent... Nous vivons dans un pays où l'on peut pratiquement tout dire, pour une bonne raison, c'est que personne ne nous écoute. C'est la base de la démocratie "moderne" semble-t-il. Nos "dirigeants" ont compris que censurer signifiait attirer l'attention sur le censuré. Laissons à la vue de tous l'information compromettante, et elle se noiera dans les millions d'autres que personne ne lit, et dont personne ne parle. N'allons pas les chercher et Jean Pierre Pernault sera bien gardé.

2/Dick, c'est différent. Oui, le point de départ est bon et la fin est... étrange... confondante... queuedepoissonesque etc. Pour la comprendre, il faut connaitre la genèse du livre (à ce propos, je te conseille Je suis vivant et vous êtes mort." d'Emmanuelle Carrere. Tout le livre a été composé grace au Yi King, le livre de "divination" chinoise. La fin queue de poisson, elle aussi, a été dictée par ce livre, au grand dame de Dick. Mais chaque fois qu'il retentait sa chance, la réponse était toujours plus ou moins similaire. Il s'est donc rompu à l'exercice malgré lui.

En fait, je crois que ce que j'aime par dessus tout dans Bradbury c'est la poésie qui se dégage de se futur en direct des années 50. De ce pays qui n'arrivera jamais, de cet an 2000 de voitures volantes... Where is my Jet-Pack? Et je crois que sur Farenheit, Bradbury a un peu forcé son génie. Quitte à lire un livre sur la censure, autant relire 1984. (Ce que j'ai refait à l'époque ou j'ai lu Farenheit. J'ai d'ailleurs lu pour la première fois le meilleur des mondes de Huxley à cette occasion, d'où peut-être aussi cette impression que Bradbury était un peu loin derrière Orwell et un peu au dessus -à mon avis- d'Huxley...