24/08/08

Pedro Is Back

Cette fois, pour marquer l'été, pas de déménagement, mais juste un petit redesigning histoire de se lancer dans de nouvelles aventures avec une cravate d'une couleur différente. Pour diverses raisons personnelles, cette année c'est un bleu nachtmusik. Ce blog, si c'était possible, se voudrait le royaume de l'adoxographie, soit, si l'on en croit le traducteur français de Matt Ruff, "l'art de bien écrire sur des sujets triviaux" ; et pour le périple 2008-2009, à bord de ce Péquod électronique, en tant que capitaine à multiples manies bizarroïdes, je ne me priverai pas de discourir avec un sérieux hilarant sur les sujets les plus divers, de Pynchon à Leslie Nielsen et de Mahler à MZD. Aucun rapport entre eux, sauf celui de ma plus haute fantaisie.

La fantaisie, ce n'est pas justement ce qui étouffe notre "rentrée littéraire" (rappelez-vous : drelin! drelin! bim! bam!). Certes, "The Original of Laura", le roman inachevé de Vladimir Nabokov, va être publié encore plus rapidement que prévu : d'ici un mois, si on en croit Dmitri Nabokov, qui n'a encore précisé ni l'éditeur ni la date de sortie. On saura enfin, au-delà du thème vaguement dévoilé ("un brillant neurologue, trés gros, marié à une jeune femme volage", dixit Le Figaro), ce que recèlent ces 138 fiches bristol (écrites sur une seule face) au repos depuis trente ans dans un coffre-fort suisse.
Côté France, ce qui est moins réjouissant, c'est non pas l'absence de livres de qualité (bien au contraire), mais la manière dont les médias littéraires (journaux, magazines) passent sous silence ces derniers pour ne s'attarder que sur le déjà-cuit-déjà-vu ou sur de pseudo-polémiques qui n'intéressent que les terrasses (un brin humides aujourd'hui) de Saint-Germain-des-Prés. Mais où sont passés les articles qui devraient nous parler en longueurs olympiques de "Zone" de Mathias Enard, qui semble-t-il a fait aussi fort que la collision entre le monologue joycien et les cauchemars de notre propre époque, livre sorti depuis le 20 août et qui a déjà mis en transe plusieurs membres du FFC? Pour l'instant, pas grand chose : on repense au silence assez déprimant ayant entouré les "Fragments de Lichtenberg" de Pierre Senges. S'il y a quelque chose qui cloche dans l'Hexagone, ce n'est pas sa littérature (qui se porte bien mieux que quelqu'un voudrait nous le faire croire), mais sa critique, qui semble se noyer encore plus qu'autrefois dans l'inanité ou l'aveuglement.
Ainsi Le Figaro de ce week-end, qui dressait la liste des 30 romans (uniquement français, bien sûr) de la rentrée : Nothomb et Dubois en tête, et même pas une mention d'Enard. Tristesse. Liste qui d'ailleurs se concluait avec Tristan Garcia, déjà labellisé "petit jeune de l'année", et qui semble avoir écrit une chronique sur les années 80 et l'homosexualité, dans les traces de feu Guillaume Dustan. Pourquoi pas, mais il faudra voir stylistiquement en quoi ça consiste, traquer la complaisance, et se méfier de l'unanimité de la critique qui semble déjà s'agglutiner autour de Tristan Garcia (cf. un long article dans le Journal du Dimanche que je n'ai pour l'instant qu'entr'aperçu).
Evidemment, avec l'aspect trés photogénique de Tristan Garcia (longs cheveux dorés dans le vent, chemises cool, visage fin de gendre idéal aimant quand même faire la fête tard dans Paris), on ne peut être plus loin de l'homme qui va le plus nous occuper en ce mois de septembre, je parle bien entendu de Thomas Pynchon. Car le bonheur de pouvoir enfin lire en françouais forgé par Claro l'extraordinaire "Against the Day" devenu, par la volonté de l'auteur, "Contre-jour" de ce côté-ci de l'Atlantique (parution le 4 septembre au Seuil), ce bonheur donc ne vient pas seul. Viennent s'y ajouter deux ouvrages collectifs d'études et d'hommages : le premier, concocté du côté de chez Inculte et publié dans la collection Lot 49, et intitulé "Face à Pynchon" s'ouvre avec une contribution extrêmement fouillée de la Prix Nobel Elfriede Jelinek (traductrice du Pynch' à ses heures), qui justifierait à elle seule l'achat de ce trés volumineux tribute, presque 500 pages de pynchonalia qu'on se devra de parcourir lentement avec tous ses neurones aux aguets, au rythme des contributions, toutes formidables, de Pierre-Yves Pétillon, Etienne Celmare, Brice Matthieussent, Claro (qui nous offre 4 articles, rien moins!), Fabrice Colin, Pierre Senges et d'autres encore, tandis que la critique américaine est elle aussi présente, avec Joanna Scott, Luc Sante, Brian Evenson et allii - et bien d'autres surprises encore (dont un FFC Member en goguette), mais on y essaiera d'y revenir en détail une fois la lecture achevée.
Le second volume, à paraître à la mi-septembre, nous tient un poil plus au coeur pour des raisons amicales, puisqu'il s'agit du tout premier numéro de Cyclocosmia, revue lancée par le formidable triumvirat Julien Frantz, Julien Schuh & Antonio Werli et qui pour ses débuts s'est placée dans le sillage du grand Pynchon, avec, en sus d'une partie créative composée d'oeuvres graphiques et de fictions, une belle série de contributions, signées de FFC Members (Fausto, Odot, Antonio... que d'eaux!) ou d'autres (les articles de Julien Frantz brillant, on vous le dit déjà, d'un éclat particulier). Là encore, j'essaiera d'y revenir en détail. Pour en savoir plus en attendant, allez-voir par là-bas : wwww.cyclocosmia.net
Enfin, pour tracer de dernières pistes pour cette rentrée, je vous rappelle les sorties d'un nouvel opus de Régis Jauffret, "Lacrimosa", ainsi que le dernier Brian Evenson à nous parvenir, le paraît-il encore plus décapant/terrifiant "La confrérie des mutilés".

Allez, hop! Direction votre librairie de quartier!

7 commentaires:

ThomZ a dit…

Je viens de finir le Jauffret...j'en suis encore silencieux...

g@rp a dit…

Quoi ? Face à Pynchon est déjà sorti ?

Antonio Werli a dit…

Si Zone n'a pas sa place, je me casse de ce pays. Les épreuves circulent chez les libraires et journalistes depuis début juin, tout l'été pour concocter quelque chose de beau sur un roman qui en écrase de si nombreux autres !

Le livre de Tristan Garcia est assez commun. Ce n'est pas spécialement mal écrit (quoiqu'il y a des maladresses à mon sens) mais ce n'est pas spécialement bien écrit non plus. Disons c'est le minimum syndical qu'on peut demander à un auteur. Quant au fond, ça parle effectivement des 20-25 dernières années française, particulièrement des années SIDA et des communautés gays... Bref. L'année dernière le roman de Julien Capron était bien plus ambitieux et pertinent (un livre dont on avait très peu entendu parlé) évoquant une société que l'on connaît, une actualité, etc.
Etrange coïncidence (et de manière étonnante car je n'aime pas le spécialement le 'genre'), je viens de finir "Les Récidivistes" de Laurent Nuñez (que je conseille plutôt à Garcia, deux premiers romans de deux auteurs du même âge) qui écrit un dense récit autobiographique en quatre parties/parodies où il raconte sa formation, particulièrement émotionnelle et ses déboires amoureux. La question homosexuelle y est principale puisque le narrateur l'est, et la portée littéraire du texte est significative. Singulier projet tout de même puisque les quatre parties "utilisent" l'écriture de quatre grands écrivains que l'auteur investit pour son servir récit (Quignard, Duras, Proust et Genet). On oublie l'exercice pour s'attacher vraiment au récit, mais on peut rester perplexe face au procédé. C'est à mon sens un livre intéressant.

Merci pour la mention de Cyclocosmia, et je me permets de préciser que nous avons le plaisir d'avoir une contribution de notre hôte ici présent : l'amigo Pedro Babel nous parle dans Cyclocosmia de l'humour de Thomas Pynchon.

Bon retour !

Antonio Werli a dit…

Je suis de mauvaise foi. Pour la première de la saison de "Tout arrive" sur France Culture, le premier livre dont il est question est Zone. Et l'annonce est faite d'une émission où Enard est invité en compagnie de Jean-Marie Blas de Roblès pour un bon roman chez Zulma , "Là où les tigres sont chez eux" : fin septembre.

Patrick/Domenica a dit…

"Evidemment, avec l'aspect trés photogénique de Tristan Garcia (longs cheveux dorés dans le vent, chemises cool, visage fin de gendre idéal aimant quand même faire la fête tard dans Paris), on ne peut être plus loin de l'homme qui va le plus nous occuper en ce mois de septembre, je parle bien entendu de Thomas Pynchon"
Plutôt que de trouver évident qu'une apparence signifie un mode de vie et un éloignement de Pynchon, il faut et lire ce que cet écrivain a pu écrire et relire Pynchon pour enfin sentir son propre éloignement de ce dernier et de la finesse voire de la justesse de ce que l'on écrit ou seulement tape.

pedro babel a dit…

a) il est évident que la multiplication des portraits de Tristan Garcia dans la presse (cf. le JDD, Télérama, etc.) est sous-tendue par une sémantique publicitaire prévisible (séduire les femmes mûres, les jeunes femmes, les djeuns, voire les homosexuels tant qu'on y est puisque c'est le sujet)
b) deux paragraphes suffisent pour se rendre compte de la médiocrité de la prose de Garcia, qu'on peut directement ranger dans la catégorie "je clame avoir compris les leçons américaines mais en réalité je suis aussi bête que le premier normalien venu qui se veut romancier germanopratin" : la référence aux séries américaines brandie par Garcia est d'autant plus incongrue que rien, absolument rien dans son livre ne vient corroborer un quelconque apprentissage tiré de ces séries (à supposer qu'on puisse en tirer un)
c) je lis et relis Pynchon chaque mois, chaque semaine, parfois même chaque jour (mais je me garde bien, comme de la peste bubonique, de vouloir l'imiter)
d) et sinon, vous, comment ça va ?

lecorrespondancier a dit…

Attention quand même :

-l'abus de Pynchon nuit gravement à la santé !

-trop lire Pynchon peut provoquer des maladies graves !

-trop lire Pynchon donne d'ailleurs la pynchonïte !

-trop lire Pynchon peut rendre impuissant !

-trop lire Pynchon tue !

-trop lire Pynchon pousse à lire Pynch, off…